
Par Georges Gastaud*, 26 juillet 2026, journée mondiale d’hommage à Fidel Castro et de solidarité avec Cuba socialiste
En 1848, alors que n’existait encore formellement aucun P.C. national ou international, le Manifeste du Parti communiste commençait par le célèbre incipit de Marx et d’Engels : « Un spectre hante le monde: le spectre du communisme ». Hantant l’inconscient des rares bourgeois sensibles à la culpabilité, et surtout celui des réactionnaires redoutant les probables insurrections prolétariennes à venir (au moment où le Manifeste paraissait dans quelques rares librairies éclatait, drapeau rouge en tête, la “seconde Révolution française”, celle de février 1848 conduite par les ouvriers parisiens au cri de « Vive la Sociale ! »…), le communisme prolétarien, auquel le marxisme allait donner sa forme classique, entrait en grand sur la scène de l’Histoire…
Bien entendu, la victoire de la contre-révolution en RDA (1989) et en URSS (1991) a pu faire croire aux benêts politiques, mais aussi aux renégats du marxisme-léninisme de Russie, de France et d’ailleurs, à la « mort du communisme », voire à la « fin de l’histoire » chère à un illustre crétin philosophique aussitôt démenti par les faits. Comme si l’exploitation capitaliste, donc la lutte des classes menée, en l’occurrence, à l’initiative du camp bourgeois, n’allait pas nécessairement, non pas disparaître mais s’intensifier avec l’effondrement sous influence du camp socialiste et l’auto-liquidation des partis communistes livrés à ce que le philosophe italien Domenico Losurdo appelait alors l’ “autophobie communiste »…
En France même, les dirigeants “rénovateurs”, “mutants” et autres “refondateurs” soi-disant “innovants” qui minaient du dedans le PCF depuis 1976 (abandon ostentatoire de la référence à la dictature du prolériat par Marchais, flirt intermittent du PCF avec les campagnes antisoviétiques de la bourgeoisie, ralliement tapageur de ce parti à l’ “eurocommunisme” de l’Italien Enrico Berlinguer, subordination systématique du PCF au PS pro-OTAN à travers les gouvernements sociaux-atlantistes (= sociaux en paroles, euro-atlantistes en fait!) de Mitterrand puis de Jospin) discréditaient jour après jour le grand parti d’avant-garde ET de masse qu’était devenu le grand PCF créé au Congrès de Tours et forgé dans les luttes héroïques du Front populaire, de la Résistance et des combats pour la décolonisation. Bref, depuis 1991 et la dislocation totalement antidémocratique de la Fédération soviétique (dont les citoyens de l’URSS avaient voté le maintien à 78% lors du référendum de 1990!), la contre-révolution anticommuniste européenne et mondiale mâtinée de guerres impérialistes et de fascisation transcontinentale n’en finissait pas de “tourner à l’envers”, menaçant, en France même, les conquêtes de la Révolution jacobine de 1793 suivie par les lois progressistes votées en 1881 (école laïque, gratuite et obligatoire avec toutes ses limites), 1905 et 1906: souveraineté du peuple, République une et indivisible, laïcité de l’Etat et de l’école, légalisation des syndicats…
Eh bien nous semblons arriver au tout début, encore très fragile évidemment, d’un nouveau cycle historique puisque D. Trump, le chef de file mondial de l’hyper-réaction, vient de commémorer le 250e anniversaire de l’indépendance américaine… en tonnant contre le communisme à Cuba, dans le monde… et dans son propre pays. Où, il est vrai, le mot socialisme connaît une nouvelle vogue dans la jeunesse (à l’égal du soutien courageux apporté par la jeunesse universitaire au peuple palestinien), où des grèves ouvrières de masse ont eu lieu récemment dans diverses entreprises américaines majeures (John Deere, ports et docks, chemins de fer, Boeing, Stellantis, Amazon…), où un jeune maire abhorré par Trump et se déclarant socialiste et “pro-Pal” a triomphé à New York et où la gauche semble avoir à nouveau le vent en poupe dans le Parti démocrate américain (sans qu’il faille se leurrer sur ce dernier, faut-il le dire!). En outre, à l’échelle planétaire, l’hégémonisme euro-israélo-atlantique peine à subjuguer la majorité mondiale représentée par les BRICS et aspirant à mettre en place des rapports internationaux moins inégalitaires. Cela d’autant plus vigoureusement que, à la tête de cette majorité mondiale objectivement anti-hégémonique, se trouve un pays, la Chine populaire, que dirige un parti qui se réclame de Marx et du communisme…
Bien entendu un vautour politique comme Trump ne saurait annoncer à lui seul un nouveau printemps des peuples dont nous sommes encore loin et certes, il ne faut pas surestimer la « menace communiste » en partie fantasmée par le cerveau malade de la brute épaisse et fascisante (le mot est faible!) qui dirige le camp occidental en proie aux dérives bellicistes. Il n’en reste pas moins que le prolétariat mondial n’a jamais été aussi nombreux, que des milliards de jeunes n’acceptent plus l’avenir de surexploitation, de crises climatiques extrêmes, de génocides et de guerre mondiale virtuellement exterminatrices que le capitalisme-impérialisme débordant d’hubris leur réserve. En outre, des millions de Russes ont compris que l’URSS, défauts et déformations inclus, était le rempart mondial de la paix et des acquis sociaux, que l’UE fait de moins en moins recette auprès des travailleurs d’Europe et que les chefs de file de la croisade guerrière que sont Macron, Merz et Starmer, sont profondément méprisés par leurs peuples respectifs. En réalité, face à cet exterminisme ravageur qui semble être la vérité suprême du capitalisme contemporain et des oligarchies compradores à bout de souffle, de plus en plus de gens comprennent ou comprendront bientôt que l’heure est venue ou va sonner pour un socialisme-communisme de nouvelle génération remettant le monde du travail au centre de la vie nationale et internationale dans le but de construire des conditions d’existence enfin vivables et justes pour le genre humain en pleine crise existentielle.
Il y a urgence car le socialisme ne porte plus seulement un enjeu de justice sociale, il devient incontournable pour qui veut reconstruire des nations souveraines, sauver la biodiversité (mais aussi la diversité culturelle et linguistique menacées par une américanisation ravageuse), assurer la paix mondiale, reconstruire un environnement viable pour tous. Comment du reste le capitalisme, cette anti-société pour lemmings suicidaires se prenant pour des “gagneurs”, qui est par essence fondé sur la lutte de tous contre tous, sur les guerres hégémoniques (potentiellement nucléaires!) et sur la quête aveugle du profit maximal, pourrait-il par ex. planifier la reconstruction environnementale en tant qu’elle nécessite à l’évidence une coopération mondiale fondée sur les dernières avancées de la science, des techniques et de ce que les philosophes du XVIIIè siècle appelaient d’un mot les “Lumières”? N’est-il pas évident que tout cela, nécessite l’existence de peuples égaux, solidaires et souverains, le mouvement émancipateur des classes prolétariennes allié à la jeunesse populaire et aux couches moyennes paupérisées jouant fort logiquement le rôle de fédérateur national et mondial des énergies reconstructrices?
Bien entendu il faudra pour cela prendre en compte à la fois les tâches nouvelles, inhérentes à notre temps, anti-exterministes en un mot, de sauvegarde du vivant, de stricte égalité (ET de solidarité:non à la “guerre des sexes”!) entre hommes et femmes, d’accès de tous les peuples aux efforts et aux résultats de la recherche, mais aussi de socialisation des secteurs stratégiques de l’économie et de centralité de la classe travailleuse dans l’ensemble des tâches politiques, économiques et culturelles au sens large.
L’expression “socialisme-communisme” devra également être comprise dans toute sa riche complexité. N’évoquer que le communisme et oblitérer le socialisme, comme croyait devoir le faire le regretté Lucien Sève, ce serait se leurrer sur le fait qu’il faudra plus que jamais BRISER l’impérialisme et la contre-révolution, assumer les tâches de la dictature du prolétariat, en un mot ne jamais perdre de vue l’extrême malignité de la classe dominante toujours tentée par le fascisme, voire par les guerres d’extermination quand il s’agit de sauver ses privilèges: les propos anticommunistes (et, en réalité, grossièrement antidémocratiques) de Trump, sa hargne contre Cuba socialiste, le montrent de nouveau si c’était nécessaire. Mais occulter le mot “communisme” serait également erroné car lorsque le socialisme se referme sur lui-même en perdant de vue sa visée communiste plénière, des éléments de reproduction de l’ordre des choses existant finissent par cristalliser et par s’enkyster: il faut que, à aucun moment, la finalité objective et subjective générale de la révolution socialiste, à savoir la désaliénation générale des individus qui passe notamment par le dépérissement de l’Etat, la société sans classes, la fusion progressive des nations (le contraire de l’américanisation générale!) qui doit animer et orienter du dedans la construction du socialisme (“s’il n’y a pas du café pour tous, il n’y a de café pour personne”, déclarait naguère le Che), comme Marx et Lénine ne cessèrent d’y insister, que ce soit dans La critique du programme de Gotha ou dans L’Etat et la révolution.
Faut-il en outre préciser que la promotion du socialisme-communisme de nouvelle génération ne saurait passer par le dénigrement de la première expérience mondiale de construction du socialisme (celle qui est sortie des révolutions russe, chinoise, vietnamienne, cubaine, coréenne, etc.), la nécessaire “assimiliation critique de l’héritage” conseillée par Lénine (le contraire d’un dogmatique rance!) ne pouvant passer par le lâche ralliement aux campagnes anticommunistes, antisoviétiques et contre-révolutionnaires permanentes menées contre l’URSS, contre la RDA, la Chine, etc. (quand ce n’est pas directement contre l’héritage de notre propre révolution jacobine et Sans-Culotte en tant qu’elle eut l’énorme mérite d’ouvrir l’ère mondiale des révolutions populaires et démocratiques).
Bref, les imprécations anticommunistes du fascisant Trump (car le fond du fascisme, – de Mussolini à Hitler en passant par Franco, de Bandera à Pinochet en passant par Pétain, les formes du fascisme ne devant jamais occulter son contenu de classe hautement homogène – a toujours été l’anticommunisme) ne doivent pas faire rêver d’un monde meilleur qu’il suffirait d’espérer passivement, mais nous inciter tous, en France même, à reconstruire un Parti franchement communiste, au niveau mondial à faire renaître une Internationale Communiste et Ouvrière dont le prolétariat mondial et le camp socialiste et anti-impérialiste à venir auront le plus grand besoin pour assumer les tâches vitales que leur assigne, sous peine de mort pouvant frapper le genre humain, notre époque tempétueuse.