Pour aider le mouvement populaire à gagner le bras de fer :
Par G. Gastaud, le 22 octobre 2026

La France traverse une crise sociopolitique d’une acuité exceptionnelle. Le soulèvement populaire contre la vie chère, la casse de l’Education nationale et le gouvernement de guerre Macron-Lecornu, se heurte frontalement au durcissement préfasciste d’une oligarchie capitaliste provisoirement désemparée. Mais ce soulèvement, encore privé d’une avant-garde léniniste largement reconnue par la classe laborieuse, risque fort d’être désorienté, isolé, puis durement réprimé par l’ultra-réaction en voie de coagulation si le monde du travail ne s’affirme pas rapidement, par la grève de masse reconductible, comme la force dirigeante du mouvement.
La France, maillon faible structurel de l’Europe guerrière et austéritaire
« Terre classique des luttes de classes menées jusqu’au bout » (Marx), notre pays est, comme l’auteur de ces lignes l’a signalé depuis longtemps, le maillon faible de l’Europe guerrière et atlantiste. Strangulée par les harassantes contraintes maastrichtiennes, méthodiquement désindustrialisée à l’instigation du MEDEF, vidée de ses paysans par les traités transatlantiques, dénaturée par une entreprise d’américanisation forcenée de sa langue et de sa culture, percutée par l’euro-destruction des retraites solidaires, de la Sécu et des services publics, paupérisée par l’euro-austérité et par l’envol des prix résultant des guerres fomentées par l’Axe euro-atlantiste (tentative otanienne acharnée d’encercler la Russie, agression israélo-américaine répétée contre les peuples du Proche-Orient, tentative trumpiste visant à liquider Cuba socialiste dans le but d’annexer les Antilles et le continent américain, bouclage naval de l’Asie-Pacifique, préparation d’une nouvelle guerre de Corée, tout cela formant une seule et même chaîne hégémoniste planétaire…), la France surendettée est sommée par Trump et/ou par Bruxelles, de financer toujours davantage la guerre en Ukraine et le surarmement européen au moment même où le projet de loi de finances 2026 prévoit 6,7 milliards d’euros supplémentaires pour la Défense, lesquels s’ajoutent aux sommes exorbitantes déjà affectées à la loi de programmation militaire.
Cette orientation gouvernementale n’a rien de « défensif » : elle est la traduction budgétaire d’une stratégie impérialiste qui sacrifie les salaires des fonctionnaires, l’hôpital, l’école, le logement et l’industrie au maintien de l’hégémonie planétaire occidentale. S’agissant du pôle ouest-européen de l’Axe atlantique, on y voit Merz, Macron et autre U. von der Leyen précipiter la construction d’un « Etat fédéral européen » grossièrement expansionniste et idéologiquement calfaté au moyen d’une confrontation militaire possiblement exterminatrice avec le diable russe. La logique du CNR conformément à laquelle de Gaulle et les ministres communistes de 1945 avaient reconstruit notre pays (nationalisations, statuts, conventions collectives, sécurité sociale, retraites par répartition, code du travail protecteur…), la France devient ainsi le lieu de rupture de la chaîne hégémoniste euro-étasunienne : en effet, son peuple rechigne à payer la guerre, à accepter l’austérité éternelle pour les uns et l’enrichissement insolent de quelques autres, tandis que sa grande bourgeoisie ne parvient plus à gouverner normalement : c’est pourquoi une bonne partie du sérail politique brûle désormais de mettre en place une « solution » fasciste à base d’interdiction des grèves et de LFI, de racisme institutionnel et de marche à la guerre sur fond de soumission accrue à Bruxelles, Berlin et/ou Washington.
Le résultat en est un affrontement de classes de plus en plus incandescent entre un mouvement populaire immense mais insuffisamment conscientisé, et un pouvoir oligarchique qui, faute de pouvoir résoudre la crise sur le terrain sociopolitique, tente de la contourner par la stigmatisation et par la criminalisation de l’insoumission de gauche, signe que l’hégémonie culturelle bourgeoise pseudo-républicaine est fissurée, voire fracturée. Dans la foulée du soulèvement populaire français (« facciamo come in Francia ! »), toute une série de luttes frontales, souvent annoncées par des grèves ouvrières marquantes (Belgique, Italie, Portugal, Grèce, Espagne, Allemagne, voire Turquie…) éclatent en Europe dessinant, sinon annonçant un possible Octobre rouge des peuples. Moins fortement tenue en main que ne le sont les salariés par les appareils euro-réformistes de France et d’ailleurs, la jeunesse s’est portée aux avant-postes de la révolte ; elle paie un lourd tribut à la répression face à cette Sainte-Alliance de la réaction que l’UE-OTAN, cette nouvelle prison des peuples, secrète chaque jour davantage sous la férule de l’impérialisme allemand en voie de réarmement massif.
Les causes profondes d’une crise explosive
« Marianne » ne consent plus à se laisser étrangler par le Parti Maastrichtien Unique au pouvoir sous différents masques depuis les années Mitterrand. Derrière la valse des étiquettes, une même politique s’impose en effet depuis des décennies : libre circulation des capitaux, concurrence généralisée, austérité, alignement atlantiste, économie de guerre, colonisation culturelle par l’univers anglo-saxon. Cette politique a quasi-mécaniquement généré la colère actuelle, sinon ses formes. Dès lors, on ne pourra ni sortir par le haut du tangage entre issues fasciste et prérévolutionnaire, ni sauver la nation agonisante sans rompre simultanément avec deux dangers complémentaires que sont…
- La fascisation de l’État et de la vie politique, qui vise à briser les libertés démocratiques, à diviser les travailleurs et à préparer la société, notamment la jeune génération, à la guerre continentale ;
- L’étau maastrichtien et l’économie de guerre, qui confisquent la souveraineté populaire au profit des marchés, de la Commission européenne et de l’OTAN, tout en menaçant la paix mondiale : l’actuel discrédit mondial total du va-t-en-guerre Macron n’est pas une mauvaise nouvelle pour les amis de la paix.
Ces deux luttes sont indissociables. Combattre le fascisme sans attaquer l’ordre européiste qui l’engendre, c’est combattre les symptômes en laissant intacte la maladie. Dénoncer l’austérité sans désigner l’OTAN, l’UE et le grand capital comme ennemis principaux de la paix, c’est laisser le terrain à l’extrême droite. C’est cette confluence des deux résistances que le PRCF résume de longue date sous l’appellation de Front antifasciste, pacifique, patriotique, populaire et environnemental, le « FR.A.P.P.P.E »…
La polarisation de la France est notre matière première
La polarisation actuelle est notre matière première. Le peuple se mobilise, les lycéens descendent dans la rue, les salariés exigent des salaires, l’emploi, l’industrie et des services publics reconstruits. Les syndicats, après avoir été reçus à Matignon sans obtenir « aucune mesure », appellent à une mobilisation massive le 5 novembre ; la CGT a lancé un mot d’ordre de grève générale par la voix de Sophie Binet.
Mais cette polarisation est déformée par les thématiques biaisées de la gauche en place. LFI ne peut en effet aucunement remplacer une véritable avant-garde communiste : tout en assumant vaillamment son « osmose » avec le mouvement populaire, LFI oscille entre radicalité verbale et complaisance envers l’UE. Notamment LFI ne propose pas un programme de rupture avec le capital, l’euro et l’OTAN passant notamment par la nationalisation franche des secteurs économiques stratégiques et par la dénonciation totale de l’union sacrée visant à soutenir le régime pronazi de Zelensky ; elle propose surtout une alternative de gouvernement dans le cadre existant, promettant seulement de « désobéir » à l’UE au cas par cas.
Deux erreurs doivent cependant être évitées.
La première consisterait à suivre aveuglément LFI, à figurer officiellement dans ses dispositifs, à confondre la colère juste des masses avec la ligne politique d’un appareil qui, tiraillé qu’il est entre l’ADN jacobin initial du Parti de gauche et l’ancrage européen des eurodéputés LFI, refuse de rompre clairement, comme l’eussent fait le PCF de Duclos, voire de Marchais, et la CGT de Frachon et de Krazucki, avec les structures de domination européennes.
La seconde déviance, plus grave encore, consisterait à manquer au devoir de solidarité antifasciste envers LFI. Car LFI est aujourd’hui traitée en ennemie principale par l’ultra-réaction qui s’acharne sur ses députés (S. Deloglu, Rima Assane…). Lorsque le président du Sénat, Gérard Larcher, estime, sur proposition du néo-versaillais Retailleau, que la question de l’interdiction de LFI « peut être posée », ce n’est pas seulement cette formation qui est visée : c’est le droit des travailleurs et du peuple à l’opposition politique, au droit de manifester et de faire grève !
Nous devons donc dire clairement : solidarité antifasciste totale des militants franchement communistes avec les camarades de LFI face à la répression maccarthyste en cours ! La critique fraternelle des limites politiques propres à ce mouvement n’autorisera jamais l’alignement sur la campagne réactionnaire qui veut la faire taire en bâillonnant par la même occasion l’ensemble du camp populaire.
Le rôle irremplaçable du PRCF
Fondé par des militants du PCF qui refusaient sa dérive sociale-démocrate et qui voulaient faire vivre le marxisme-léninisme dans les formes d’aujourd’hui, le PRCF fait tout son possible pour recadrer idéologiquement l’affrontement de classes actuel.
Il faut ainsi critiquer fraternellement les biais petits-bourgeois de LFI : son refus de poser la question de l’euro, son incapacité à désigner l’UE-OTAN comme l’ennemi principal de la paix, son insistance, en tant que mouvement étranger au communisme historique, à se référer à un « peuple » sans contenu de classe défini en sacralisant l’« insoumission » juvénile quelle qu’elle soit. Le risque est alors de déplacer vers un gauchisme politico-culturel ce qui, conformément au vœu du CNR (« mettre le monde du travail au centre de la vie nationale »), devrait redevenir l’axe du rassemblement populaire: le primat du mouvement des travailleurs pour changer la société.
Il faut aussi remettre en perspective le front antifasciste : un front qui ne se limite pas à la défense des libertés formelles, si nécessaire qu’il soit, mais qui relie la lutte contre les fascistes à la lutte contre le MEDEF, contre l’austérité, contre l’UE-OTAN, en associant systématiquement ce combat, ce que ne font pas les prétendus « antifas » et autres anars, à la défense des revendications sociales, de la paix mondiale et de la souveraineté de tous les peuples, dont le nôtre. Un peuple dont l’histoire, reflétée non sans contradictions par la Marseillaise et par le drapeau tricolore, ne se réduit nullement aux horreurs du colonialisme, mais renvoie encore, entre mille autres, aux noms glorieux de Descartes et Diderot, de Robespierre et de Saint-Just, de Louise Michel et de Varlin, de Jaurès, Marcel Paul et Ambroise Croizat, de Jean Moulin, de Missak Manouchian et de Léon Landini…
Il faut affirmer non moins fortement le front patriotique : non pas la xénophobie débridée des droites néo-versaillaises déchaînées, mais le patriotisme populaire refusant que la France soit une colonie de la finance, une base avancée du tout-globish aliénant et une place forte de la recolonisation de l’Afrique. Cela suppose un Frexit progressiste, anti-impérialiste et social.
La visée doit être celle d’une République sociale, souveraine et fraternelle, dans la perspective d’un socialisme-communisme de nouvelle génération porté par une nouvelle Révolution française : une France nouvelle des Lumières et du bonheur communs, une République une, laïque et indivisible traitant à égalité, non en paroles mais en fait, l’ensemble de ses habitants.
Remettre le monde du travail au centre de la transformation sociale
Pour cela, il est central de mener une bataille sur le rôle de la classe ouvrière, et plus largement, du monde du travail, dans la lutte pour le changement social.
Seule en effet la classe ouvrière, elle qui fut le principal vecteur du Non au référendum bafoué de 2005, peut fédérer ces 80% de la société qui ne vivent pas des profits du grand capital et de leurs retombées directes : masse des salariés du privé et du public, chômeurs, retraités, jeunes, paysans, artisans, intellectuels, chercheurs et ingénieurs, travailleurs indépendants… Car seule la classe ouvrière moderne incluant aussi la majorité des employés et des techniciens, est capable de paralyser l’appareil productif, de briser la machine répressive et d’imposer une autre politique. On l’a vu du reste durant la bataille pour les retraites où les secteurs les plus ouvriers du mouvement, pétrochimistes, électriciens-gaziers, travailleurs de la voirie, cheminots, ont porté les blocages et la grève reconductible sans crainte d’affronter les vetos défaitistes de Laurent Berger et de ses suiveurs.
Cette orientation doit viser l’écrasement politique des fascistes, y compris des secteurs policiers de LR qui exigent aujourd’hui la mise hors la loi de LFI. Elle doit conjuguer pleinement émancipation nationale et émancipation sociale, comme y invitaient Jaurès ou Politzer : il n’y a pas de nation libre sans travailleurs émancipés, ni de socialisme sans souveraineté populaire.
Aucune idéalisation anarcho-nihiliste du lumpenproletariat n’est pour autant permise. Les violences aveugles, la destruction irresponsable des bâtiments publics, les pillages et les provocations ne font pas avancer la cause populaire : elles offrent au contraire au pouvoir le prétexte qu’il recherche pour militariser l’espace public, diviser le mouvement et discréditer la grève. La responsabilité révolutionnaire exige la discipline, l’unité et la clarté.
Étendre aux lieux de travail le centre de gravité du combat
Pour rendre ses enjeux clairs à chacun et pour faire taire le tamtam fascisant du pseudo « parti de l’Ordre », l’affrontement doit s’élargir au plus vite, comme en 1936 et en 68, vers l’entreprise capitaliste et les services publics martyrisés par quarante ans de déconstruction maastrichtienne. Laisser les lycéens et étudiants, trop souvent matraqués par les milices néo-nazies (Assas, Catho de Lille…), affronter seuls les grenades et les LBD et subir l’injuste discrédit jeté sur tout le mouvement par les vandales, serait pure lâcheté. Il faut impulser la grève générale et reconductible, élargir aux lieux d’exploitation la pratique du blocage voté en AG, et cela sur des mots d’ordre percutants :
- « Le Pen, Lecornu, Bardella : le fascisme ne passera pas ! »
- « Ils détruisent nos vies, bloquons leurs profits ! »
- « L’argent pour les salaires, pas pour la guerre, ni pour les actionnaires ! »
- « Investir dans l’enseignement, pas dans le surarmement ! »
- « C’est pas aux fachos (au MEDEF, à Ursula…) de faire la loi. La vraie démocratie, elle est ici ! »
Le 5 novembre ne peut être une simple « journée d’action » où des permanents syndicaux en heures de délégation défileront pendant que le travail continuera. Il doit être le début d’un large mouvement : tous ensemble, en même temps, jusqu’à satisfaction des revendications. La CGT, qui appelle à généraliser la grève, et dont nombre d’UD encadraient déjà le 17 octobre, doit s’émanciper de l’Intersyndicale dirigée par la CFDT, dont la loyauté envers l’ordre européen est notoire.
Reconstruire l’avant-garde communiste
En même temps, nous voyons ce que coûte au pays le déficit d’avant-garde marxiste-léniniste résultant pour notre jeunesse populaire et notre classe travailleuse de l’autoliquidation idéologique au long cours que s’est infligée le PCF, lequel s’est hélas démarxisé, voire « décaféiné » sous le nom de code « mutation ». Ces reniements au long cours se paient aujourd’hui par la grave désorientation de larges fractions des couches populaires contaminées par le lepénisme pendant que d’autres secteurs du monde populaire sombrent dans l’identitarisme communautaire ou l’anarchie destructive. Pour réduire la fracture idéologique entre la dynamique populaire et l’orientation stratégique nécessaire pour résoudre la crise politique, il faut reconstruire l’avant-garde communiste en la liant aux masses en mouvement.
Cela suppose pour les communistes, d’aller aux entreprises, lycées, universités, quartiers populaires, de lier à nouveau la revendication immédiate à la perspective révolutionnaire. Ce n’est pas seulement « dans la rue que ça se passe », comme le dit un slogan, c’est aussi et d’abord le lieu de travail et d’études qu’il faut disputer aux exploiteurs et à leur idéologie de guerre. Et cela est impossible sans la reconstruction du syndicalisme de classe, d’un parti franchement communiste, d’un travail scientifique permanent réajustant sans cesse l’ « analyse concrète de la situation concrète » qui est l’âme vivante du léninisme.
Il faut aussi appeler les syndicats de lutte à se parler rapidement pour décider d’initiatives fortes, quitte à préférer la loyauté envers la classe aux allégeances d’appareil. L’objectif est d’aider nos syndicats à reconquérir leur indépendance réelle face au gouvernement, au patronat, à cette courroie de transmission de l’UE qu’est la C.E.S, ainsi qu’au syndicalisme d’accompagnement de la casse sociale qui caractérise la CFDT.
Le PRCF travaille à cela parce que, à l’expérience, ses analyses se sont révélées justes : sur l’ingouvernabilité du pays, la France maillon faible, la fascisation, la nécessité de lier patriotisme populaire et pacifisme anti-impérialiste, le caractère de plus en plus exterministe du capitalisme contemporain, l’irréformabilité de la « construction » européenne, la nécessité d’un socialisme de nouvelle génération centré sur la vie et tenant compte, lucidement mais sans reniements, des enseignements portés par les expériences socialistes nées d’Octobre 17 et de ses suites, mais aussi bien sûr des combats portés par le PCF lors du Front populaire, de la Résistance, de la lutte anticoloniale, etc.
Plus que jamais, l’Europe des luttes prend corps — non pas dans et par l’UE facho-compatible, mais contre elle et en dehors d’elle. Le bras de fer ne se gagnera pas par la colère seule, mais par la clarté politique et l’esprit de responsabilité.