Ouverte par le triomphe de la contre-révolution en URSS et dans l’ex-camp socialiste, la période historique actuelle est particulièrement ténébreuse. 

 A l’échelle mondiale, le système capitaliste cache mal, sous son vernis moderniste, sa tendance croissante à la fascisation politique et à ce que nous nommons l’exterminisme : plus que jamais, la quête effrénée du profit maximal et de la domination impériale sans partage menace l’humanité de mort ou de déchéance, ce qui signifie que le maintien de la propriété capitaliste des moyens de production est tendanciellement devenue incompatible avec le développement, voire avec la survie de l’humanité. Après la période flamboyante de Reagan, où l’impérialisme US sommait l’URSS de se soumettre ou de se démettre sous peine d’apocalypse universelle, l’exterminisme capitaliste provisoirement vainqueur a pris des formes plus insidieuses mais pas moins dangereuses à terme : saccage insensé de l’environnement, explosion des inégalités sociales et internationales, dévoiement des technologies pour éliminer et surexploiter tout à la fois le travail vivant (et conséquemment à diminuer l’humain en feignant d’ « augmenter (certains) hommes »), destruction de peuples entiers errant à la surface du globe, sans parler de la propension permanente du système à générer périodiquement toutes sortes de Bêtes immondes plus ou moins incontrôlables, des néonazis ukrainiens aux dispensationnistes nord-américains en passant par les illuminés assassins de l’ « Etat islamique »…

A l’échelle nationale, la stratégie du capital s’affiche cyniquement dans le Manifeste du MEDEF intitulé Besoin d’aire (décembre 2011) qui fixe la feuille de route des gouvernants maastrichtiens de l’UMPS qui se succèdent à l’Elysée sous la supervision de Bruxelles et de la Banque de Francfort : subversion patronale  de la nation républicaine issue de 1789-94, de 1936 et de 1945 à la fois par le bas (métropoles, euro-régions) et par le haut (UE supranationale pilotée par Berlin, Union transatlantique coiffée par l’OTAN), substitution du tout-anglais transatlantique à la « langue de la République » dans tous les domaines « de prestige » (Université, Recherche, cinéma, chanson, enseignes commerciales, dénomination des « produits » des ex-services publics), dépeçage du produire en France industriel et agricole au profit du tout-tourisme, du tout-financier et du tout-transports routiers et aériens, avec au passage le déclassement de pans entiers du salariat industriel et de la paysannerie, la montée des activités parasitaires (armement, haute banque, etc.), la destruction des conquêtes sociales du CNR mis en place par les ministres communistes de 1945-47 (Sécu, retraites par répartition, nationalisations, statuts, Code du travail, Education nationale de qualité pour tous, etc.).

Pourtant des braises révolutionnaires ou prérévolutionnaires rougeoient de plus en plus dans les ténèbres de cette contre-révolution euro-mondialisée dont le socle idéologique est la criminalisation des révolutions passées (celle de 1917 mais aussi celle de 1789-94) avec son corollaire putride : la banalisation du nazi-fascisme, dont les résurgences criminelles sont de plus en plus assumées comme telles de Kiev à Riga en passant par la Hongrie d’Orban. Ces braises nous viennent d’abord de l’Amérique latine, où Cuba socialiste a rompu le blocus idéologique en suscitant la création de l’ALBA avec le Venezuela bolivarien, le Nicaragua sandiniste et la Bolivie de Morales ; elles viennent des multiples résistances populaires qui, du Liban au Burkina Faso transforment les triomphes impérialistes initiaux en autant de victoires à la Pyrrhus ; elles proviennent de la classe ouvrière internationale qui lève à nouveau le drapeau des grèves de masse en Asie, en Amérique centrale et dans plusieurs pays européens, jadis considérés comme des zones de tout repos par le grand patronat dé-localisateur. Elles proviennent des communistes de France et d’Europe qui, de plus en plus nombreux, rejettent le mensonge social-impérialiste (social en paroles, impérialiste en fait !) de la « réorientation progressiste de la construction européenne » chère au Parti de la Gauche Européenne et à la Confédération Européenne des Syndicats. Membre de la direction du PRCF, et auparavant de la Coordination communiste du PCF puis de la Coordination des militants communistes et de la FNARC, l’auteur de ces lignes est fier d’avoir combattu, dès les années 70, contre le glissement « eurocommuniste » du PCF (de plus en plus d’euro, de moins en moins de communisme !), d’avoir défendu tout en les actualisant les fondamentaux du marxisme-léninisme, d’avoir proposé inlassablement depuis plus de vingt ans d’associer le drapeau rouge au drapeau tricolore pour appeler notre peuple à sortir par la gauche, sur la base des principes actualisés du CNR, avec l’euro, l’UE, l’OTAN et le système capitaliste afin de rendre l’initiative politique à notre peuple et de lui permettre de reprendre sa route séculaire interrompue vers le socialisme-communisme.

Pour cela, le travail militant de réorganisation et d’intervention communiste auprès des travailleurs est primordial : loin de nous l’idée de théoriser en chambre ! Mais la lutte idéologique, l’analyse théorique (philosophique, économique, historique, politico-stratégique) n’en sont pas moins indispensables tant le défaitisme contre-révolutionnaire inhérent au révisionnisme idéologique a infecté les défenses immunitaires du mouvement populaire au point d’en gangréner les états-majors et d’en éparpiller les ripostes.

Sur ce plan, la renaissance du matérialisme dialectique est aujourd’hui l’enjeu stratégique. Seule en effet la philosophie marxiste – qui existe bel et bien, n’en déplaise aux « marxistes » qui n’ont cessé de la décrier et de la dénier – peut porter la cohérence d’une critique générale de la société capitaliste en lui opposant, en lien avec le mouvement général des sciences, des mouvements émancipateurs et des arts, une conception du monde et de la société réellement rationnelle, progressiste et humaniste au sens plein du mot : sans cela pas de théorie révolutionnaire qui « tienne » et qui puisse fédérer un mouvement révolutionnaire de notre temps.

C’est pourquoi nous plaçons ce site sous les auspices d’une renaissance du matérialisme dialectique dont le mouvement des sciences, les résistances qui montent dans le domaine des arts et lettres face à la marchandisation générale et le mouvement des luttes populaires sont objectivement porteurs. Sans une approche dia-matérialiste dénuée de dogmatisme, mais clairement opposée au révisionnisme philosophico-politique, impossible en effet de dépasser les fausses oppositions qui paralysent trop souvent la théorie scientifique, esthétique, éthique et politique. Cessons donc d’opposer construction des théories scientifiques et reflet objectif du monde, dialectique de la nature et savoirs vérifiés, foisonnement des savoirs spéciaux et classification dynamique des sciences, formalisation mathématique et expérimentation, matière en mouvement et formes diverses de la matérialité physique (ondes, vides, antimatière, etc.), combinaisons macromoléculaires stables et dynamiques évolutionnistes propres au vivant ; dans le champ socio-historique, sachons dialectiser la détermination économique « en dernière instance » et la prise en compte des hégémonies culturelles successives à travers lesquelles se cristallise, sur le très long terme, la domination de classe ; dans le champ politique, cessons d’opposer « la » nation à « l’» internationalisme et réconcilions le patriotisme républicain à l’internationalisme prolétarien pour les opposer tous deux à la « tenaille » politique que resserrent sur notre peuple, d’une part le supranationalisme euro-atlantique, et d’autre part les diverses variantes du nationalisme xénophobe : lepénisme, euro-séparatismes régionalistes, communautarismes intégristes…

Bref, délions la pensée des fausses oppositions métaphysiques pour la mettre en état de penser les antagonismes réels : car c’est en procédant de la sorte, de manière souplement dia-matérialiste, que nous pourrons résister efficacement, organiser l’urgente contre-offensive progressiste, aider au développement du « mouvement réel qui abolit l’état de choses existant » (Marx), associer dans l’action les deux plus beaux mots de la langue française : « Lumières » et « Commune(s) » !

Georges Gastaud

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