Par Georges Gastaud1

29 mars 2026

Soyons justes: un nombre croissant de géopolitistes et autres « veilleurs stratégiques » ont désormais le mérite de pointer la responsabilité accablante de la triade USA/Israël/UE dans la conflictualisation galopante du monde contemporain et dans la marche accélérée à la guerre mondiale qu’elle provoque. Les mêmes analystes défendent aussi avec courage, malgré les accusations diffamatoires de « connivence avec l’ennemi » que cela leur vaut, la vaillance des ennemis systémiques de l’Empire euro-israélo-atlantique, qu’il s’agisse des Résistants palestiniens et libanais, des communistes cubains ou de ces millions d’Iraniens et d’Iraniennes d’ « en bas » qui manifestent chaque soir sur les places publiques contre l’exterminateur israélo-étasunien. Cependant, il y a plusieurs angles morts dans leurs analyses de l’évolution géostratégique. Comme la plupart de ces penseurs ne sont pas marxistes, encore moins léninistes (en ce sens, on peut les qualifier de « bourgeois » au sens que Marx donnait à ce mot, sans nuance péjorative, quand il qualifiait Adam Smith d’économiste bourgeois), comme ils méconnaissent la dimension de classe antiimpérialiste et anticapitaliste larvée des conflits planétaires qui opposent sourdement ou ouvertement la majorité populaire mondiale à l’hégémonisme euro-israélo-atlantiste, cet ennemi principal de la paix mondiale et de l’émancipation des peuples, il s’en suit que… 

  • Ces analystes se limitent ordinairement à constater superficiellement les conflits planétaires existant entre « empires », entre « blocs civilisationnels » ou entre « puissances ». Chez des idéologues affichés de l’impérialisme euro-israélo-atlantique comme Samuel Huntington, cela débouchait il y a peu sur la proposition néocoloniale reprise par Marco Rubio que l’ « Occident » (variantes: l’ « Europe » et/ou « Israël ») « ont le droit de se défendre » (eux qui ne cessent d’agresser tout le monde!), tantôt contre le prétendu bloc musulman (en réalité très désuni: l’Arabie saoudite et les Emirats sont des carpettes des USA, le roi du Maroc soutient  Israël et les Etats musulmans d’obédience sunnite, Egypte en tête, laissent massacrer l’Iran, le Liban, l’Irak, le Yémen et la Palestine…), tantôt contre le « bloc orthodoxe » russe2, tantôt contre l’ « Empire du milieu » chinois. Symétriquement, cette approche antimatérialiste et culturaliste de la conflictualité globale donne lieu chez les géopolitistes anti-hégémonistes à l’idéalisation démesurée des BRICS: c’est comme si le régime contre-révolutionnaire de Poutine (car Poutine est factuellement issu du clan de Boris Eltsine qui, après avoir trahi le PCUS dont tous ces gens étaient membres, voire dirigeants, a détruit le socialisme), la Chine encore largement insérée dans la mondialisation néolibérale cautionnée par Deng Xiaoping, le pouvoir islamophobe sanglant de Narendra Modi, la social-démocratie « travailliste » du Brésilien Lula et le gouvernement originellement anti-impérialiste, mais depuis lors devenu durement anti-ouvrier de Prétoria pouvaient (voulaient?) réellement stopper la contre-offensive hégémoniste planétaire engagée par le trio D. Trump/B. Netanyahou/U. von der Leyen: pourtant, malgré leur immense potentiel historique, les cinq grands Etats qui composent les BRICS ne peuvent, pour le moins, que tanguer fortement entre, d’une part, ce qui devrait être une résistance contre-hégémonique unie et déterminée et, d’autre part, la tentative oiseuse de se concilier, concurremment les uns aux autres, les bonnes grâces de l’Empire transatlantique: on l’a vu avec l’obséquieuse visite de Narendra Modi à Tel-Aviv à la veille de l’agression israélienne contre Téhéran, ou avec sa valse-hésitation à propos des sanctions américaines interdisant de fait l’importation d’hydrocarbures russes. Et comment en irait-il autrement tant que n’est pas remise en cause fortement par un ou plusieurs pouvoirs populaires et antiimpérialistes, voire anticapitalistes conséquents, l’appartenance de chacun des Etats membres des BRICS à l’ordre mondial capitaliste et néolibéral dont l’hégémonisme euro-israélo-atlantiste est l’aile marchante ? 

Au contraire Cuba socialiste, que cet « ordre » barbare menace depuis toujours d’une exécution imminente par le Yankee, ou la République populaire démocratique de Corée, qui se réclame derechef vaillamment du marxisme et du communisme, tentent résolument, l’une de tenir bon en se préparant à la lutte armée, l’autre de braver l’Empire et son larbin réactionnaire japonais en affichant sa puissance militaire, y compris sa force nucléaire: sans cela du reste, quelle pourrait être la crédibilité d’une « dissuasion nucléaire » dont on déclare par avance que l’on ne veut pas se servir alors que, à l’inverse, l’ennemi étatsunien et/ou israélien a toujours cultivé l’idée d’un premier usage possible du feu nucléaire comme Trump en brandit la menace aujourd’hui contre Téhéran ? 

  • ne comprennent pas la dimension exterministe, donc fascisante, antisociale, anti-souverainetés populaires et obscurantiste, de l’hégémonisme contemporain. Du bombardement de Guernica au camp d’Auschwitz sous sa première forme euro-germanique, et d’Hiroshima au massacre de Gaza en passant par la « Crise des euromissiles » qui, par la volonté de Ronald Reagan plaça le monde aux portes de la guerre mondiale en 1984 (tout en aidant indirectement Gorbatchev à se faufiler jusqu’au pouvoir à Moscou pour prétendre acheter la « paix » en bradant le socialisme!), le mode de production capitaliste historiquement épuisé et épuisant, et qui n’a plus aucun projet positif à proposer à la jeunesse tant la quête éperdue du profit maximal est porteuse de guerres sans fin, de régressions morales et culturelles, de reculs sociaux, de broyage des nations souveraines, de réaction idéologique effrénée, de dévoiement des techniques, de ravages sanitaires et environnementaux débridés ne peut plus désormais se maintenir mondialement que de manière violemment artificielle: c’est-à-dire par le terrorisme d’Etat, voire par le chantage millénariste à l’ « Armageddon » et à la fin de l’humanité. C’est ce que ne comprennent pas ces commentateurs bourgeois désemparés qui, à chaque tournant géostratégique, nouvelle escalade occidentale en Ukraine, génocide de Gaza et de Cisjordanie, agression contre l’Iran, etc., prétendent qu’il ne se passera pas grand-chose de grave au final tant telle escalade ou telle agression hégémoniste leur semble « impossible car politiquement irrationnelle », et qui ne savent ensuite expliquer pourquoi « une nouvelle ligne rouge a finalement été allègrement franchie par l’Occident global » bien que ce ne soit pas là quelque chose de rationnel et de conforme à son « intérêt bien compris ». Or l’enseignement majeur de Carl von Clausewitz dans sa magistrale étude classique intitulée De la guerre, c’est bien que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »; donc que la guerre possède une rationalité politique. En 1984 déjà, de faux marxistes comme le pseudo-communiste Pierre Juquin ou comme l’historien Claude Mazauric déclaraient superficiellement Clausewitz « dépassé » et croyaient pouvoir se rassurer en déclarant que « la guerre nucléaire ne fonctionne plus » car « elle n’a plus de sens politique » vu qu’ « elle ne ferait ni vainqueurs ni vaincus ». Bien fade est alors le « marxisme » contemporain qui n’a toujours pas compris aujourd’hui, quarante ans après lacatastroïka soviétique qui succéda à la crise des euro-missiles, la totale continuité politique liant les contre-révolutions russe (1991) et est-allemande (1989) à l’exterminisme capitaliste, c’est-à-dire la manière très politique dont l’abandonnisme de Gorbatchev et de ses maîtres « eurocommunistes » occidentaux pétris d’anti-léninisme « novateur » à la Enrico Berlinguer a pu être promu en URSS au point de produire cet effet hautement politique: la vague contre-révolutionnaire européenne et mondiale, le triomphe concomitant de l’hégémonisme mondial étatsunien et de ses sous-hégémonismes régionaux, qu’ils soient allemand (la « réunification » contre-révolutionnaire de l’Allemagne permettant l’émergence de la Grande Europe réactionnaire et antirusse sous dominance germaine) ou israélien (la mort de l’URSS a porté un coup grave à la lutte palestinienne et à l’émergence d’un panarabisme laïque, féministe et socialisant). Qui ne voit par ex. que la formule occidentale franchement exterministe « plutôt morts que rouges! » qui prétendait justifier la marche à la guerre nucléaire de Reagan/Thatcher avait pour symétrique parfait la geignarde « nouvelle pensée politique » de Gorbatchev déclarant « préférer les valeurs universelles de l’humanité aux intérêts de classe du prolétariat », ce qui signifiait liquider le socialisme dans le sot espoir d’acheter la paix avec l’Ouest ! Bref, l’exterminisme a politiquement fonctionné comme à la parade et le moyen terme entre la menace globalitaire qu’il comportait et les effets contre-révolutionnaires globaux qu’il a secrétés ne fut rien d’autre que la victoire du révisionnisme anti-léniniste flamboyant de Gorbatchev suivi par la contre-révolution radicale de Boris Eltsine et de ses parrains étatsuniens. Contre-épreuve expérimentale de ce que j’affirme ici, Cuba socialiste qui n’était pas dirigée par le veule Gorby, adulé en public bien que méprisé en secret par les gouvernements occidentaux, et dont le pays et le parti (l’URSS et le PCUS) ont sombré corps et biens en 1991, mais par le leader révolutionnaire mondial Fidel Castro, qui proclamait haut en fort en 1989, lors du 30ème anniversaire de la Révolution cubaine « la patrie ou la mort, le socialisme ou mourir, nous vaincrons! », est toujours debout même si la Révolution n’a jamais été aussi menacée qu’aujourd’hui en raison, non de défaillances systémiques cubaines, mais de l’isolement croissant de l’Île de plus en plus isolée et abandonnée pour la plus grande honte de la planète dite contre-hégémonique qui se lamente mais ne fait rien de dissuasif pour stopper le führer à mèche jaune qui siège à la Maison-Blanche ! 
  • Plus globalement encore, l’analyse géopolitique proposée par les commentateurs bourgeois, y compris par ceux qui se montrent USA-critiques et eurosceptiques, ne connaît que des Etats, des empires et des puissances: elle ignore la lutte des classes globale qui continue de bouillonner en profondeur comme le font ces océans extraterrestres souterrains et ces plaques tectoniques en subduction qui provoquent épisodiquement, les uns des éruptions de glaces azotées, les autres des séismes fracturant la croute terrestre visible. Or, à l’arrière-plan de l’impérialisme en général, de l’hégémonisme en particulier (qui en est la manifestation principale à une époque où l’impérialisme étatsunien domine de la tête et des épaules ses vassaux nippon et européen), c’est la crise structurelle du capitalisme dont Marx a démontré dans Le Capital qu’elle avait pour toile de fond la « baisse tendancielle du taux de profit moyen », la monopolisation de la propriété capitaliste, le triomphe du capital financier sur le capital industriel, l’exportation massive des capitaux, la recherche de la rentabilité la plus haute possible pour chaque élément du capital, avec pour conséquence ce fait, déjà entrevu par l’auteur du Capital, ce penseur méconnu de l’écologie politique, que « le capitalisme n’engendre la richesse qu’en épuisant ses deux sources, la Terre et le travailleur ».

Structurellement, un tel système ne peut, en permanence, que rétablir artificiellement ses taux de rentabilité moyens qu’en écrasant les salaires réels, qu’en augmentant les prix, qu’en confisquant le progrès technique pour marginaliser certains prolétaires et surexploiter les autres, qu’en aspirant l’argent public (capitalisme monopoliste d’Etat, complexe militaro-industriel, “économie de guerre”), qu’en surexploitant le Sud global et l’Eurasie, qu’en écrasant le prix des matières premières, qu’en accaparant par la guerre les marchés et les voies de communication, etc. Or cette augmentation de la plus-value extorquée au prolétariat et à la paysannerie ne peut qu’attiser la lutte des classes: d’abord, celle que les classes dominantes égoïstes mènent en continu contre les classes exploitées et les peuples dominés pour comprimer leurs revenus, araser leurs « acquis » et briser, par le fascisme et la fascisation les résistances et autres insoumissions populaires. Aujourd’hui même, la guerre impérialiste menée contre l’Iran, le Venezuela et la Russie provoque l’inflation globale, la paupérisation de masses populaires déjà « au taquet », et elle ne peut que susciter tôt ou tard une vague nationale, voire mondiale, de grèves, de protestations, voire, s’agissant de la France, la résurgence des Gilets jaunes nés, en 2018 déjà, d’une protestation portant sur le prix des carburants : un prix tel que, désormais, les esclaves salariés du capital ne peuvent plus payer leur plein, y compris pour aller travailler et… se faire exploiter! En un mot, cette lutte des classes menée par les dominants à l’encontre des exploités ne peut pas ne pas trouver ses limites car, en-dessous d’un certain seuil, et si soumis soit-il originellement, l’esclave salarié ne peut plus vivre, nourrir ses enfants, bref, reproduire sa force de travail et on le voit sur la longue durée avec l’écroulement de la démographie, y compris en Occident, l’idée que « mes enfants vivront plus mal que moi », que « je ne veux pas mettre au monde des gosses vivant dans un univers pareil », etc., toutes choses qu’un commentateur aussi intelligent qu’un Emmanuel Todd ne perçoit pas clairement, lui qui fait de la démographie l’alpha et l’oméga des explications sociohistoriques alors que celle-ci n’est qu’un aspect significatif mais subordonné de l’évolution des formations sociales. D’ores et déjà, les grèves de masse, qui étaient fortes au début des années 2020 (Inde, Bangladesh, Corée du sud, Mexique, Canada, USA, Grande-Bretagne…), et que l’élection de Trump avait un peu calmées et assoupies aux USA (le programme MAGA a fait illusion dans la classe ouvrière étatsunienne avec sa promesse vite trahie d’en finir avec les guerres sans fin, de relancer le « made in the USA » et de privilégier l’investissement aux Etats-Unis par le biais des tarifs douaniers prohibitifs), repartent à la hausse aux Etats-Unis. Au moment où j’écris ces lignes, 350 millions de grévistes ( !) bloquent les grandes villes indiennes avec très souvent des communistes porteurs de drapeaux rouges à leur tête. Au Québec, le mouvement ouvrier est en train de provoquer l’écroulement du gouvernement patronal de la C.A.Q et de propulser au pouvoir les indépendantistes sociaux du Parti Québécois dont le programme est sensiblement gauchi sous l’influence des luttes. En France, le mouvement automnal « Bloquons tout! » n’a pu être… bloqué par Macron avec l’aide des états-majors syndicaux euro-formatés qu’au prix du sacrifice du gouvernement Bayrou ; mais déjà la Grèce, où le syndicalisme de classe domine comme au Portugal, en Italie et en Belgique, où des syndicats plus réformistes mais plus combatifs qu’en France dirigent le mouvement, d’impressionnantes grèves générales, parfois accompagnées de blocage des sites industriels, ont eu lieu ; tout cela avant l’augmentation massive des coûts énergétiques grevant la production et la consommation populaire. Ne parlons pas des paysans qui, dans le monde entier, servent de variable d’ajustement principale aux traités transcontinentaux et néolibéraux et dont on peu attendre de vastes révoltes contre l’ordre inégalitaire qui les broie…

Bref, le géant endormi qu’était le prolétariat (et la paysannerie, sa vieille alliée dans l’alliance « faucille et marteau » symbolisant le communisme) ne peut que se réveiller: il n’aura pas le choix s’il veut survivre, et il peut et doit ainsi redevenir, comme il l’était à l’époque pas si lointaine où il était mondialement à l’offensive suite à la Révolution d’Octobre, au triomphe de l’URSS sur l’Allemagne nazie (1945), à l’implantation de nombreux PC de masse en de nombreux pays capitalistes (Inde, Italie, France, Indonésie, Brésil, Afrique du sud, Iran, Egypte…), au recul relatif de la social-démocratie, aux révolutions prolétariennes et populaires d’Europe de l’Est (Yougoslavie, Prague 1948, Chine 1949, Cuba 1959, réunification socialiste du Vietnam 1975, révolution portugaise des Œillets, 1974, suivie de l’émancipation de l’Angola et du Mozambique, de la Révolution sandiniste du Nicaragua, de la tentative de révolution populaire et de réforme agraire en Afghanistan en 1978, etc.)…

Encore faut-il, pour que le prolétariat redevienne pleinement le sujet historique conscient qu’il peut et doit redevenir, plus et mieux encore que lors des années qui suivirent la Commune, puis Octobre 17 s’il veut stopper la marche à la guerre exterministe, qu’il se dote à nouveau de ces grands outils de classe, parti d’avant-garde, syndicalisme de classe, bataille pour l’hégémonie progressiste, féminisme populaire (et non féminisme bourgeois voué à la défaite face au machisme à front de taureau personnifié par Trump) car, comme le disait Lénine « pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire » : car un mouvement de masse qui n’a pas d’orientation claire sur les plans politique, culturel, philosophique et économique, est voué, soit à la défaite, soit à la neutralisation social-démocrate, soit, tout simplement, au fascisme vu que, comme l’avait observé Marx, le prolétariat n’est rien, si nombreux qu’il soit, sans les forces conjointes de la pensée et de l’organisation. 

Or cela redevient à la fois nécessaire et possible, la seule question étant de savoir si l’exterminisme et la fascisation capitaliste n’iront pas plus vite que ne vont la trop lente recomposition communiste de l’avant-garde communiste nationale (la renaissance du Parti communiste de combat en France), de l’Internationale Communiste et Ouvrière (I.C.O.), et la relance d’un vaste programme théorico-culturel comportant la proposition stratégique d’un socialisme-communisme de nouvelle génération. Celui-ci est inséparable d’une dialectique assumée des luttes nationales et internationales et il devra assumer pleinement, comme l’avait pressenti Fidel, le rassemblement mondial des forces anti-exterministes sur tous les terrains, militaire, économique, technologique (assez de ces technologies tournées contre le prolétariat et destinées à marginaliser l’humain, elles doivent toutes être mise au service de l’homme, les programmes technologiques doivent être soumises au débat démocratique de masse et chaque enfant doit devenir capable de maîtriser les sciences par l’émergence d’un nouvel encyclopédisme populaire) et, bien entendu, sur le terrain écologique.

Tout cela, la géopolitique bourgeoise ne peut même pas l’entrevoir et grave est la responsabilité des marxistes qui, par paresse intellectuelle, dogmatisme ou révisionnisme pseudo-« novateur », se dérobent à ces tâches sans l’accomplissement desquelles la béance entre les luttes économiques spontanées du prolétariat et la mission politique qui lui est objectivement assignée – non plus seulement s’émanciper en émancipant la société, mais sauver et relancer du même coup le phénomène humain – ne pourra pas être réduite, le dernier mot restant alors à l’exterminisme agrémenté de néofascisme. Or ces tâches sont à notre portée à condition de nous mobiliser à temps, nous les militants communistes, progressistes et franchement anti-exterministes du prolétariat. En effet, et cela, l’approche non marxiste de la géopolitique ne peut guère y accéder… 

4) Un facteur géopolitique de longue portée réside dans la grande onde porteuse qui porte secrètement l’humanité (qui, dans sa masse, veut vivre et être heureuse) après des décennies de triomphe des idéologies anticommunistes, antisoviétiques et contre-révolutionnaires: en effet, à côté des idéologies exterministes de masse qui agitent les milieux millénaristes dits chrétiens ou juifs – notamment le « dispensationnisme » ou le « sionisme chrétien »3, se dessinent des mouvements progressistes qui peuvent nourrir la contre-attaque mondiale de cette nouvelle hégémonie progressiste que, en référence tout à la fois à la Commune de Paris et à l’encyclopédisme universaliste du XVIIIème siècle, nous avons appelée les “Lumières communes”. En effet,  

a) il faut saluer le large mouvement anticapitaliste de la jeunesse mondiale qui, à New York par ex., vient de propulser à la mairie un édile se réclamant de Gaza et de l’idée socialiste, si floue qu’elle soit encore dans la conception qu’en a cet homme jeune. Ce même mouvement a transformé l’inoffensive icône de l’écologie bobo que fut d’abord la jeune Suédoise Greta Thurnberg en Pasionaria de la lutte internationaliste puisque cette courageuse personne a participé dernièrement à la flottille qui a tenté de débarquer à Gaza, puis, dernièrement à la flottille de la solidarité qui, rompant le siège étatsunien, vient d’accoster à Cuba avec une cargaison de médicaments. C’est là un symptôme majeur de l’évolution progressiste hautement encourageante de la jeunesse du monde et ce symptôme, les géopolitistes bourgeois qui croient intelligent de répéter la phrase apocryphe et faussement réaliste attribuée à Staline « le Vatican, combien de divisions? » ne sont pas près de l’interpréter correctement.

b) deux femmes actuellement présidentes de la République, la Mexicaine Claudia Sheinbaum et l’Irlandaise Matha Connolly ont récemment illustré la phrase bien connue d’Aragon (la femme est l’avenir de l’homme) bien loin des problématiques petit-bras du féminisme bourgeois, en soutenant politiquement, la première, Cuba, et l’autre, la résistance palestinienne : deux camouflets pour Trump et pour Ursula von der Leyen ! 

c) Bravant l’atlantisme majoritaire débridé de l’Internationale pseudo-socialiste, le premier ministre espagnol José Sanchez (PSOE) a ravivé les traditions honorables, mais qu’on croyait éteintes, d’Olof Palme (le premier ministre suédois qu’a jadis assassiné la réaction) et le chancelier social-démocrate autrichien Bruno Kreisky, ce courageux du peuple palestinien, en condamnant l’agression étatsunienne contre l’Iran. Quant à LFI, cette forme française de la social-démocratie de gauche a, malgré ses graves contorsions à propos de la « construction » européenne (dont elle n’a plus le courage politique de dire, hélas, « on la change ou on la quitte! », et qu’elle croit pouvoir infléchir du dedans comme le croyait déjà à tort le Grec Alexis Tsipras) le mérite de défendre Gaza et, tout dernièrement, son chef de file Jean-Luc Mélenchon a prononcé un plaidoyer vibrant en faveur de Cuba en appelant la France à tenir ses engagements énergétiques envers l’Île du Che. Comment est-il alors possible que le Mouvement Communiste International ne lance pas, toutes affaires cessantes, une campagne mondiale pour Cuba socialiste, pour la jonction des luttes populaires pour la Palestine, pour la défaite de l’agresseur étatsunien en Iran, au Liban et au Yémen, de l’engagement internationaliste à sauver Cuba et, plus globalement, de la mobilisation de masse pour stopper la marche à la guerre mondiale ? Le mot d’ordre« Gaza, Liban, Iran, Cuba, Venezuela, à bas l’impérialisme! » est-il si difficile à trouver et à scander dès maintenant dans les manifs pour GAza qu’il faut d’urgence élargir dans l’intérêt même de Gaza en tant que la lutte contre le génocide palestinien est le banc d’essai de la lutte universelle contre l’exterminisme capitaliste global?

Ne diminuons pas les mérites des géopolitistes non marxistes qui, avec les moyens théoriques dont ils disposent, ont le courage de s’opposer à l’idéologie militariste et pré-exterministe que répandent à profusion des médias bourgeois. C’est d’abord à nous, les marxistes, de faire notre travail en restituant à la géopolitique la profondeur historique et la dimension universaliste de classe qui fut la sienne à l’époque de Marx, de Lénine, de Jaurès et de Barbusse, de Dimitrov et de Politzer. C’est urgentissime. 

1 Philosophe, auteur de « Sombres nuées et rouges lueurs ».

2 Comme si l’Ukraine n’était pas une vieille terre orthodoxe !

3 Dont la prophétie délirante est que, lors de la victoire d’Israël devenu Grand Israël (plus pudiquement, « Grand Proche-Orient »), les juifs reconnaîtront le Messie chrétien, Jésus reviendra sur Terre, les mécréants seront anéantis et le Millénium chrétien succèdera à l’Armageddon exterminateur. Des dizaines de millions d’ahuris adhèrent à ces niaiseries aux USA et bien évidemment, le capital fait ses choux gras idéologiques de ces vaticinations grotesques pour ourdir ses campagnes exterministes. Cela dit, combien de géopolitistes non marxistes croient-ils que ce messianisme d’un autre âge est la source du militarisme contemporain alors que, bien évidemment, ces sottises n’ont d’emprise que pour autant qu’elles servent le grand capital suprémaciste comme la sottise raciste servit jadis l’impérialisme allemand. Sinon Krupp et Thyssen n’eussent pas subventionné Hitler à milliards.