Guide de lecture :

Le monde moderne nous vante sans cesse les mérites de la “fluidité”. Que ce soit dans nos carrières, nos identités, nos frontières ou même nos idées, il faudrait être “agile”, “gazeux”, et refuser tout ce qui semble trop fixe ou “solide”. À première vue, cela ressemble à la liberté absolue.
Pourtant, l’auteur de cet article nous invite à une réflexion inverse et audacieuse : Et si cette obsession pour le “tout-fluide” était en réalité un piège ?
Les trois clés pour comprendre l’article :
Le solide n’est pas l’ennemi : Dans la nature comme en société, rien ne se construit sans moments de “consolidation”. Pour que la vie évolue, il faut que l’ADN se stabilise ; pour qu’un savoir soit vrai, il faut qu’il s’appuie sur des faits objectifs. L’auteur défend ici le besoin de “points d’appui” contre un relativisme où plus rien n’aurait de sens.
La fluidité au service du marché : L’article dénonce une récupération politique. En effaçant les frontières, les protections sociales et les structures collectives (comme les nations ou les classes sociales) au nom de la “fluidité”, le système économique néolibéral rend en fait les individus plus fragiles et plus faciles à exploiter.
La “bonne” segmentation : Contrairement aux idées reçues, la limite (la frontière, la règle, l’organisation structurée) n’est pas forcément une prison. C’est parfois une écluse nécessaire pour réguler les échanges, protéger les plus faibles et permettre une coopération réelle entre les peuples, plutôt qu’une guerre économique de tous contre tous.
En résumé : Ce texte est un plaidoyer pour une pensée “dialectique”. Il ne s’agit pas de choisir entre le mouvement et l’immobilité, mais de comprendre comment la solidité et la fluidité doivent s’équilibrer pour construire une société plus juste et une science plus vraie.
Petit lexique pour éclairer la lecture
Ontologie : L’étude de ce qui existe réellement (l’être). L’auteur défend une réalité faite de structures stables face au “tout-mouvement” postmoderne.
Dialectique : Méthode de pensée qui cherche à comprendre comment deux contraires (solidité et fluidité) s’opposent et se combinent pour créer la réalité.
Épistémologie : L’étude de la science et de la connaissance. L’auteur soutient que la science décrit une vérité objective et non une simple “construction” de l’esprit.
Matérialisme : Pensée qui place la réalité physique, biologique et sociale (le travail, la matière) avant les idées pures.
Segmentation : Action de définir des limites claires (sociales ou nationales) pour protéger et organiser la vie collective face au désordre du marché mondial.
Notre modernissime époque abhorre l’état solide et lui préfère en tout l’exquise “fluidité”. En ontologie, qu’elle soit philosophique et/ou scientifique, foin de toute idée de “substance”, ce grossier fétiche matérialiste, voire “chosiste”, et que vivent l’énergie, les ondes, les champs; bref, que le pesant matérialisme cède au plus vite le pas à l’ “énergétisme” jadis cher à Ostwald et raillé par Lénine, cette ultime étape avant la spectralité fantasmatique de l’immatérialisme. En théorie de la connaissance ou “gnoséologie”, haro sur le “réel”, sur “le” déterminisme et sur la “croyance naïve en l’objectivité” du monde physique. Le réel n’est-il pas… en réalité qu’une “construction” de notre esprit et le savoir du lundi matin n’est-il pas voué à se voir désavouer par la recherche le lundi soir, la science n’étant jamais qu’une école de scepticisme et de relativisme quasi kaléidoscopiques? En biologie de même, fi de toute idée d’espèce: car tout se mêle, s’emmêle, “buissonne” et s’éparpille sans repos dans le vivant au point qu’on se demande comment, tout de même, il arrive qu’une chatte puisse retrouver ses petits. De même que dans le domaine de l’économie, la grossière “valeur d’usage” est priée de s’effacer devant la fluente et subtile “valeur d’échange”, la fixation des prix n’ayant que faire de l’étalonnage rustaud par la “valeur-travail”, les trop charnels besoins s’éclipsant derrière les vaporeux “désirs” et l’échange économique se subtilisant en une évanescente spéculation. Vive Baudrillard, à bas Karl Marx !
En sociologie, en histoire, on renoncera de même à toute pataude “classe en soi”, à tout idée de “mode de production”, à toute “histoire nationale”, voire à toute espèce de longue durée brausélienne pour s’ébahir devant l’interconnectivité scintillante des “histoires-mondes”. De même en ethnologie, il sera très “tendance”, voire, “descolien”, de dénier toute rupture un peu marquée entre la trop naturaliste hérédité génétique et le champ des héritages socioculturels… En morale, il ne saurait de même exister quelque absolu et le trop rude “impératif catégorique” kantien fait pâle figure comparé à la chatoyante “réévaluation de toutes les valeurs” chère au nébuleux Friedrich Nietzsche.
Il n’est pas jusqu’au domaine de l’organisation politique où certains remisent au musée le trop “ridige” centralisme démocratique issu de Robespierre et de Lénine pour lui préférer une “organisation” hyper-fluide, si ce n’est “gazeuse” dont on chercherait en vain un quelconque analogue du côté du vivant (sauf à croire aux spectres, aux anges et aux diablotins!). Bien entendu, quand on scrute d’un peu plus près lesdits “mouvements politiques gazeux”, on a tôt fait de constater que, derrière la mousse de la “fluidité horizontale” inventée, non par JLM mais par… Obama, on trouve un état-major politique très réduit de parlementaires décidant d’à peu près tout dans la vie de leur organisation “démocratique”… Il y a tout lieu pourtant de révoquer en doute cet héraclitéisme (“tout s’écoule”…) mal compris de la gazéification universelle. D’abord parce que, pour le dialecticien matérialiste spontané qu’était ce grand Présocratique, rien n’est plus stable, paradoxalement, que “ce monde-ci”: un monde que “ni les dieux ni les hommes n’ont créé”, écrivait Héraclite, que nous avons tous en commun quand nous émergeons de nos rêves, et que vient raviver un “feu éternel qui s’allume et s’éteint avec mesure”. C’est-à-dire le feu très matériel et rationnel, et pour tout dire, cycliquement éteinte et “reprenante”, de la matérialité et de ses grands rebonds ignés successifs. Ensuite parce que, appuyé sur la modernité scientifique (dialectique leibnizienne du fini, de l’infini et de la limite, cosmogonie rationnelle issue de Kant et de Laplace revus par Einstein, Hubble et Lemaître, interconvertibilité des formes qualitativement diverses d’énergie, théorie biologique de l’évolution, matérialisme historique et “rôle du travail dans la transformation du singe en homme” décrit par Engels…) et relancé par la théorie léninienne du reflet (Matérialisme et empiriocriticisme), le matérialisme dialectique hautement critique issu d’Engels et de Marx* nous a dès longtemps désappris d’avoir à choisir entre une substance matérielle censément inerte et un mouvement naturel pretendument dématérialisé (“il n’y a pas plus de mouvement sans matière que de matière sans mouvement”, affirmait dialectiquement Engels). De même la théorie économique marxienne nous a-t-elle dès longtemps enseigné à… fluidifier le rapport même entre l’état solide et l’état fluide: par ex. la pleine fluidification du rapport marchand, et celle encore plus prononcée du rapport capitaliste mondialisé, supposent, pour échapper à la grossièreté bornée et paralysante du troc, et pour pouvoir se démultiplier et rebondir à l’infini, de transiter par cet échangeur stable des échanges qu’est la forme sonnante et trébuchante de l’Argent, ce jokari “solide” de l’échange économique. De leur côté, Buffon, Lamarck puis Darwin et Wallace ont montré que les espèces ne cessent de se transformer, mais que leur évolution, exaptation et autres hybridations mêmes n’en passent pas moins par ces moments de consolidation et de relative fixation qu’est la spéciation et sa stabilisation à travers la mémoire dure de l’ADN. Que ne bouleversent pas just in time les adaptations épigénétiques que sont amenées à subir les populations de vivants interagissant avec leurs milieux respectifs. Bref, l’évolution ne procède pas “à flux tendu” si l’on ose dire…
Et si paradoxalement, le culte postmoderne du tout-fluide et du tout-gazeux ne reposait en dernière instance que sur un refus de fluidifier, au second degré, les rapports… eux-mêmes fluides entre états plasmatiques, gazeux, liquides… et états, non pas solides en soi, mais “consolidés” au terme d’un processus ? Et si un peu d’attention portée à la fluidité nous détournait de prendre le solide au sérieux alors qu’une attention plus profonde aux liquides et aux gaz nous invitait au contraire à plus de respect pour l’état solide, ce moment objectif fort du cycle de la matière en mouvement? Ajoutons, pour en rester aux dialectiques proprement ontologiques, qu’il y a belle lurette qu’Einstein a établi que l’énergie et la masse sont mutuellement convertibles et que, tant dans le domaine relativiste que dans celui de la physique quantique, les covariances inhérentes à la matière-espace-temps passent par l’émergence et par la durabilité – toute relatives sas doute, bien que parfois de très vaste spectre spatiotemporel – de “constantes physiques” indépassables telles que c, la vitesse de la lumière, ou que h, la constante de Planck qui rythme le ballet des particules et des interactions physiques fondamentales. Enfin et surtout, la théorie de la Mesure qui inaugure la Grande Logique de Hegel nous a indiqué comment concevoir, à la lumière notamment du concept de bond qualitatif, la dialectique de la quantité et de la qualité: comme l’avait plus que pressenti Leibniz, il n’y a pas à à choisir entre une mathématique du continu et une ontologie du discret, une théorie des “petites perceptions” et une approche “rupturiste” de l’aperception, toutes choses que feraient bien de méditer ceux qui voudraient à l’avenir harmoniser les rapports entre la Relativité (qui fait fonds sur le continuum spatio-temporel) et la physique des quanta, par ex. en quantifiant la gravitation elle-même. Le puissant épistémologue soviétique qu’était le chimiste-philosophe B. Kedrov a notamment montré que les sciences ne doivent pas être classées principalement à partir de critères pragmatiques, mais bien sur les bases ontologiques du “principe objectif du développement”: par ex. le développement cosmogonique fait apparaître in re (pas seulement dans la tête des savants ou “par construction”) des ruptures objectives: par ex. la nucléosynthèse, la ré-ionisation des atomes, et/ou l’apparition des grandes structures galactiques, et/ou l’émergence successives, à travers les successives générations d’étoiles et de novae, celle des éléments chimiques de plus en plus lourds au fil des milliards d’années du tableau périodique de Mendeleïev, puis les macromolécules, puis les vivants eux-mêmes et leur dynamique propre, puis l’émergence du phénomène humain via l’émergence du redressement vertébral, du travail et du langage; c’est tout cela qui, tout à la fois, arrime les sciences (par ex. la séquence cosmogonique objective “physique des champs/des particules, physique nucléaire, physique atomique, chimie des molécules, biochimie, biologie, anthropologie, économie”…) et celle de leurs objets respectifs à travers une forte continuité substantielle (car les divers ordres ontiques émergents sont autant de stases de l’univers-nature-matière), tout en les distinguant qualitativement, en les entourant de frontières ontiques qui sont autant d’écluses réglant les passages entre différents segments de la réalité naturelle et sociale. En un mot, non seulement la dialectique n’interdit pas la segmentation, mais elle en fonde la nécessité et la légitimité. En un mot, nous assistons au ballet toujours recommencé de la substance matérielle et de l’infinité de ses formes d’existence, ainsi que l’avait entrevu le matérialiste évolutionniste Denis Diderot dans son saisissant et drôlatique à la fois Rêve de d’Alembert.Sans que les limites de cet article nous autorisent à en dire bien plus, il en va de même des champs économique, politique et moral. Non il n’est pas plus “génial” et “moderne” de tout prétendre “fluidifier” ou “sublimer” qu’il n’est aberrant et criminel de prendre appui dans certaines limites sur un degré bien tempéré et objectivement fondé de segmentation, de consolidation et/ou de resegmentation. Ainsi sur le plan économique, l’éloge immodéré qui est fait de nos jours de la “désegmentation”, en Europe notamment, comme si toute réaffirmation des frontières nationales relevait d’une absurdité ontologique ou d’une incongruité éthique. Il n’en est rien: la mondialisation néolibérale qu’ont prônée depuis le XIXème siècle le cruel Empire britannique, ses successeurs et émules libre-échangistes, fut-elle jamais autre chose qu’un avatar de cet impérialisme qui permet l’exportation massive de capitaux et qui, à travers (s’agissant de notre sous-continent) “l’économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence est libre et non faussée”que définissent les traités libre-échangistes européens et transatlantiques, ne vise à rien d’autre qu’à soumettre les prolétaires, les artisans, les chercheurs et les paysans du monde entier à un accablant moins-disant social et écologique destiné à enrichir les oligarques, à épuiser le travailleur, à privatiser les communs et les services publics, à saper les langues nationales en tant qu’elles protègeaient et segmentaient le marché de l’emploi, à livrer sans protections les pays pauvres aux pays riches, l’Europe du Sud à l’Europe du Nord, etc… Non sans ouvrir la voie, chemin faisant, aux pestes et aux pandémies puisque des virus qui auraient jadis mis mille ans à se planétiser peuvent désormais le faire au rythme endiablé de transports aériens et maritimes maximalement accélérés, dérégulés et polluants? Face à cela, pourquoi n’y aurait-il pas, dans le cadre d’une saine dialectique du fait national reconstitué et d’une marche aux planifications et aux coopérations socialistes internationales relancées une salutaire resegmentation permettant aux peuples d’échanger de manière réglée au lieu de forcer les peuples à se livrer une suicidaire guerre commerciale de chaque instant? Et pourquoi l’histoire à la mode néolibérale oublie-t-elle de signaler que la fluidité grandissante des échanges intercontinentaux se paie épisodiquement du retour brutal de cette hypercristallisation des camps que sont les guerres mondiales impérialistes? Observons du reste que la “fluidification” mondialiste tant vantée n’est qu’apparence: car pendant que tombaient les “murs” séparant jadis le socialisme du capitalisme, la mondialisation néolibérale elle-même n’a cessé de durcir de nouveaux murs à l’avantage des riches et du capital, que ce soit le Mur séparant les deux Corées à l’initiative des USA, le Mur d’apartheid séparant l’Etat génocidaire de la Palestine discriminée , l’enfermement génocidaire de Gaza, le siège maritime de Cuba, la muraille des sanctions contre l’Iran et, plus globalement, ces murailles liquides que sont la Manche ou la Méditerranée où se noient par milliers chaque année de pauvres hères fuyant les guerres dites ethniques alimentées dans le Sud appauvri par l’impiteux Nord impérial. Il en va de même sur le plan proprement moral: si je ne comprends pas que le monde social est objectivement séquencé en infra-mondes à l’intérieur desquels jouent les règles universelles de la morale kantienne, si je crois que l’universel joue “immédiatement”, indépendamment du fait qu’existent objectivement de visibles ou invisibles frontières de classes, de nations,de cultures, de “pôles”, je serai à tout moment la dupe du mondialisme impérialiste: par ex., je vais applaudir l’impérialisme américain “sauvant” ou “rétablissant la démocratie” au Venezuela, en Iran, à Cuba, en bafouant ces souverainetés nationales qui font, en réalité, qu’un Cubain et qu’un Libanais peuvent être concrètement, juridiquement, par la médiation de leurs Etats, des égaux au moins formels d’un Allemand ou d’un Nord-Américain. Comme dans le domaine de la vérité, l’universel et l’absolu se déploient par degrés dans le champ objectivement segmenté qui est le leur et qu’il faut dépasser de manière médiate et régulée, et non pas d’une manière sauvage, crypto-impériale et néocoloniale. De même que le newtonisme demeure “vrai” dans le champ d’une physique des petites vitesses relatives mais qu’il devient lourdement erroné quand on l’utilise sans précautions dans le champ d’une cosmologie devant prendre à tout instant en compte les effets objectivement relativistes… Comme l’a montré Lénine dans l’ouvrage cité ci-dessus, la science ne peut se mouvoir vers la vérité absolue qu’en relativisant chacune des vérités relatives dont elle se saisit, c’est-à-dire en le rapportant objectivement au degré de précision théorique et de largeur de champ observationnel et expérimental que chacune de ces vérités partielles comporte. Cela ne signifie nullement qu’il faudrait tomber dans l’excès inverse et, par ex., encenser la segmentation, la rupture, le découpage. Non, comme le disait déjà Herzen, “la nature n’aime pas les castes indiennes” et qui ne voit que la démondialisation trumpiste et improprement dite “hamiltonienne” s’opérant à l’abri des “tarifs” douaniers ou du redécoupage du monde en hémisphères soumis n’est pas plus morale et humaine que ne l’était feue la mondialisation néolibérale qui l’a précédée et dont le modèle a été inauguré au XIXème siècle par le rapace Empire britannique ? Qui ne voit que du reste, ces deux processus également impérialistes que sont la mondialisation et la démondialisation capitalistes peuvent s’avérer complémentaires avec la mise en place d’énormes effets de cliquet planétaires signifiant que le monde est ouvert ad libitum aux marchandises et aux ingérences politiques venant du Nord-Ouest de la planète (vive le slogan “No borders!” quand il arrange le grand capital friand de moins-disant social et écologique!) mais qu’il est en revanche strictement fermé, stangulé par de véritables goulets d’étranglement dans le sens Sud-nord et Est-Ouest? Sans parler de la frontière de classes et de nationalité renforcée qui interdit de plus en plus aux classes populaires et à leurs rejetons désormais “déprotégés” (c’est-à-dire privés de l’arrière-plan formé par la protection sociale, les nationalisations industrielles, le CDI, les statuts et les services publics) d’emprunter l’ascenseur social qui fonctionnait encore un peu durant les dites Trente “Glorieuses”? En réalité, il faut ici dénoncer le couple impérialiste pervers formé par la mauvaise mondialisation et par la non moins mauvaise démondialisation, cette guerre intrasystémique que se livrent mondialement le Parti démocrate, le Parti républicain américains et leurs sucursalles européennes respectives allant de l’extrême centre néolibéral à l’extrême droite censément “nationale”. A ce couple impérialiste pervers de forces symétriques tournant selon un unique tempo, il faudrait opposer à l’avenir, du moins si les prolétaires et autres peuples opprimés parvenaient à reprendre ensemble l’initiative historique, une forme de dialectique vertueuse associant la “bonne segmentation” en nations souveraines et en classes prolétaires derechef conscientes d’elles-mêmes, à la coopération internationale planifiée entre peuples souverains échangeant de manière équitable le meilleur de leurs travaux respectifs tout en économisant au mieux les ressources de la planète. Ainsi faisaient, avant d’être sabotés par l’empire nord-américain, le Venezuela bolivarien et Cuba socialiste quand le premier livrait son pétrole à Cuba tandis que celle-ci envoyait au Venezuela des cohortes de soignants cubains et autres instituteurs chargés d’apprendre à lire les habitants pauvres de Caracas… En attendant l’heure est, à gauche de l’échiquier politique et syndical notamment, c’est-à-dire là où n’a que trop sévi une conception antidialectique de l’universalisme, à sortir d’une condamnation plate et unilatérale de “la” segmentation. Evitons aussi l’aspiration naïve et idéalisée à “la” démondialisation. A ces oppositions de type métaphysique qui font le jeu des ennemis des nations libres, de l’humanité et… de la conscience de classe, préférons une reproblématisation dialectique des rapports entre continuité et rupture, entre solidité et fluidité, et demandons-nous toujours à qui et à quelles classes notamment profitent ou bien nuisent tel type de “fluidification” et tel type de “segmentation”. Faute de quoi le cours de l’histoire de plus en plus torrentueux et dénué de “sas” ne restera pas très longtemps navigable encore pour de futurs bateliers du progrès humain.
* Par ex. de L’Introduction à la méthode de la science économique (1857) où Marx expose de manière extrêmement critique la dialectique de second degré qui articule les dialectiques de l’histoire économique objective aux dialectiques secondes de leur approche par la science économique.